le 7 mars 2017

Si l’autonomie des salariés a un effet direct sur leur bonheur et leur absentéisme, l’impact du droit à la déconnexion sur la qualité de vie au travail (QVT) semble moins évident. La sieste n’aurait-elle pas de meilleures vertus ? Par ailleurs, les risques psychosociaux subis pendant la vie active ont des conséquences négatives sur le très long terme, au-delà même de la retraite ! Une raison de plus pour les politiques de s’emparer de cette thématique dans le cadre de la présidentielle ?

La hiérarchie « à la française » menace l’autonomie

Les salariés aimeraient disposer de plus d’autonomie sur leur lieu de travail, mais est-ce possible s’interroge Le Monde (12 Février) ? Dans les entreprises françaises, la « distance hiérarchique » entre les équipes et les dirigeants est l’une des plus élevées des pays développés, ce qui réduit d’autant la capacité des sociétés à accorder davantage de liberté aux salariés. Pire, l’autonomie au travail semble régresser du fait de la multiplication des normes internes qui encadrent l’activité, et des process de reporting visant à mesurer la performance…

Parallèlement, France3 Hauts-de-France (15 Février) montre un exemple réussi d’amélioration du « bonheur au travail » grâce à une plus forte responsabilisation des salariés. Le reportage mène l’enquête au sein de l’entreprise Pro-Fil dans l’Oise qui a initié un bouleversement complet de sa hiérarchie : certains salariés sont devenus des « coordinateurs » auprès de la direction et gèrent désormais des groupes de 15 personnes. Les employés se disent heureux de pouvoir « s’organiser entre eux sans pression », ce qui a eu des résultats positifs en terme d’absentéisme.

Du droit à déconnexion au droit à la sieste ?

La loi sur le « droit à la déconnexion » peut-elle avoir un réel impact sur la QVT des salariés ? Une tribune publiée sur Le Huffington Post (2 Février) pointe le fait que l’obligation de négocier (entrée en vigueur au début de l’année) soit limitée aux entreprises de plus de 50 salariés, alors que la majorité des français travaillent dans des entreprises de taille inférieure et que nombre de grosses sociétés ont déjà adopté des mesures allant dans ce sens. Par ailleurs, l’auteure se demande où se situe le vrai problème : est-ce l’heure à laquelle sont reçus les emails ou plutôt leur quantité ? De son côté, le site Miroir Social (24 Février) propose des pistes pour négocier la déconnexion.

La directrice générale de l’entreprise digitale RetailMeNot explique dans Les Echos (11 Février) les 4 bonnes raisons d’autoriser la sieste sur le lieu de travail. Selon Anne-Marie Schwab, instaurer une salle de repos permet d’améliorer la productivité des salariés, de leur offrir un espace au calme pour réfléchir, de renforcer le sentiment de fierté, et ainsi d’attirer de jeunes talents.

Les risques psychosociaux ont des effets… sur les retraités !

Le Conseil d’orientation des retraites a mis en ligne une étude originale portant sur l’impact des risques psychosociaux (RPS) au travail sur la santé des retraités. L’auteur Thomas Barnay explique la méthodologie employée et les résultats obtenus dans un article publié sur The Conversation (19 Février). L’étude menée sur un échantillon de plus de 3000 retraités démontre qu’une exposition passée aux RPS a des effets négatifs lourds sur la santé psychique des retraités, et accroissent très sensiblement la probabilité de déclarer sur le long terme des « troubles anxieux, des dépressions, des consommations d’anxiolytiques, de somnifères et d’antidépresseurs ».

L’occasion sans doute de reconsidérer l’idée reçue selon laquelle seules les nouvelles générations espèrent bénéficier une meilleure qualité de vie au travail, alors qu’il s’agit en réalité d’une attente transgénérationnelle qui touche toutes les catégories de population.

Les politiques vont-ils s’emparer du sujet du burn-out ?

La fédération des intervenants en risques psychosociaux a envoyé un manifeste (10 Février) aux candidats à l’élection présidentielle, les incitant à faire émerger la question du bien-être au travail dans le débat public. Trois arguments sont listés pour faire de cette question un enjeu national : améliorer la compétitivité, optimiser l’efficacité de l’administration, et maîtriser la dépense sociale. Des objectifs réalisés grâce aux économies potentielles sur les coûts liés à l’absentéisme, au burn-out et aux maladies professionnelles. La fédération souhaite également la création d’un comité d’experts pour déterminer le coût de la « non-santé au travail ».

La mission d’information relative au « syndrome d’épuisement professionnel » a publié un rapport parlementaire (15 Février) proposant d’assouplir les conditions requises pour faire reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle, notamment en abaissant le taux minimal d’incapacité permanente partielle (IPP). Elle souhaite en outre l’intégration des risques psychosociaux dans le champ « égalité professionnelle et qualité de vie au travail » de la négociation annuelle obligatoire, ainsi que l’inscription du burn-out dans les tableaux des maladies professionnelles bien qu’elle estime que cet ajout ne sera possible que lorsqu’une définition médicale aura été adoptée.

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