le 16 septembre 2015

Quand nous l’avons contacté pour cette interview Jean Philippe, le Directeur Général du Crédit Agricole Mutuel Pyrénées Gascogne, nous a réservé un accueil des plus chaleureux. « J’ai toujours accordé de l’importance à la qualité de vie des collaborateurs, mais j’ai compris tout récemment que c’était le plus important ». Comment a-t-il fait bouger sa vénérable institution ? Réponse en trois temps – et sans langue de bois.

« Je surpondère l’imagination et l’agilité des collaborateurs »

Faire en sorte que les 2000 collaborateurs du Crédit Agricole Mutuel Pyrénées Gascogne aient à cœur de participer au projet collectif de l’entreprise, c’est la mission que s’est donné Jean Philippe, le Directeur Général de l’institution bancaire. Renforcer la cohérence entre aspirations personnelles et ambitions professionnelles apparaît comme un désir louable. C’est également devenu un impératif business.

« Aujourd’hui, notre secteur vit des changements rapides et imprévisibles, ce qui exige plus d’intelligence créative, de goût du collectif et de réactivité » explique Jean Philippe. Le mode de fonctionnement traditionnel des entreprises a pris du plomb dans l’aile : « dans un système relativement stable où l’on connaît ses concurrents, les deux obsessions du dirigeant sont d’augmenter son chiffre d’affaires et de réduire ses coûts. Le contexte actuel a complètement changé la donne ». Plutôt que de reproduire un modèle en le rendant plus efficace, on demande aujourd’hui aux institutions financières de se réinventer. Créativité, imagination et ouverture ont ainsi rejoint le panthéon des soft skills valorisées par la direction – quitte à forcer le trait.

« Dans toutes les entreprises travaillent des gens qui sont des innovateurs. Nous devons veiller sur eux, sans quoi ils sont mangés par l’organisation qui ne les aime pas beaucoup ».

Essayer des choses nouvelles, est-ce une question de génération ? Pas tant que ça. Si les jeunes « ne cherchent pas à défendre leur pré carré et savent très bien s’affranchir des règles statutaires idiotes », la curiosité n’est pas une question d’âge. Jean Philippe se targue de repérer facilement ceux qui ont cultivé une curiosité pour tout… et une certaine liberté de ton. « Je travaille dans un espace ouvert, comme les autres collaborateurs, car je tiens à montrer que je me moque des questions de statut ».

Archaïques, les RH ?

Jean Philippe ne mâche pas ses mots : « les RH sont un domaine qui, dans beaucoup d’entreprises, est resté très archaïque ». En cause ? Le conservatisme d’un secteur où les changements de métiers sont rares et la pression de partenaires sociaux souvent « très archaïques eux-mêmes dans leur façon de penser ».

Pour occuper ces postes clés, « premiers leviers du changement », le DG s’est fixé une règle : privilégier les généralistes aux spécialistes, car « les généralistes savent qu’ils ont besoin des autres ». Il s’appuie sur des collaborateurs qui habitent bien dans le nouveau monde numérique : « je les invite à être plus présents sur les réseaux sociaux. Certains voient encore ça comme une perte de temps »… Une faute impardonnable quand on a pour mission d’ouvrir l’ensemble de l’entreprise à l’innovation. Car l’innovation doit, grâce aux Ressources Humaines, devenir l’affaire de tous. Pas question de réserver ce sujet fondamental à une poignée de collaborateurs : « créer une Direction de l’Innovation est le moyen le plus clair de dire : « ce n’est pas votre problème » ».

Le changement, c’est maintenant

« Les salariés ne changeront que s’ils voient les choses bouger autour d’eux. On ne peut pas demander aux collaborateurs de développer les comptes bancaires électroniques quand on envoie toujours les fiches de paye par courrier ! ». Pour Jean Philippe, les innovations dont bénéficient les salariés déterminent celles qui seront proposées aux clients.

Un exemple ? Le fonds actif immobilier écoresponsable lancé par la banque, qui en a fait l’une des pionnières sur le sujet de l’investissement responsable. A l’origine, une réflexion sur la baisse des coûts de transport des salariés. « Nous avons identifié ceux qui travaillaient loin de chez eux et nous les avons mutés plus près de leur maison » explique le DG. A la clé : une réduction de 20% des trois millions de kilomètres parcourus chaque année par les collaborateurs du groupe. « Cette mesure très populaire a permis l’adhésion au projet d’éco-responsabilité porté par l’entreprise ». Un carburant précieux pour le Crédit Agricole Mutuel Pyrénées Gascogne.

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