le 1 juin 2017

Même si certains chercheurs et politiques envisagent sérieusement la disparition du travail, celle-ci n’est pas pour demain. Le travail reste l’un des éléments structurants de nos vies, voire le pivot autour duquel celles-ci s’articulent. Quelle relation entretiennent les salariés français avec leur travail ? Comment le vivent-ils au quotidien ? Pour le savoir, la CFDT a interrogé plus de 200 000 personnes et collecté 20,4 millions de réponses. Paru en mars, le rapport de cette enquête-fleuve nous livre des enseignements passionnants et démontre, en filigrane, combien la QVT est devenue un enjeu central de l’entreprise.

Pour commencer sur une note positive, apportons d’emblée la réponse à l’une des grandes questions de cette enquête inédite : les Français aiment-ils leur travail ? Oui, pour 77% d’entre eux. 59 % des répondants précisent prendre souvent du plaisir au travail, et plus de la moitié (57 %) se disent globalement fiers de ce qu’ils font.

Tout n’irait donc pas si mal dans nos entreprises. Les Français semblent estimer que l’on travaille mieux ensemble et apprécient leurs collègues : 79 % d’entre eux pensent même qu’il suffit d’un collègue sympa pour rendre le travail agréable. Sauf que…

Sauf que le travail s’est beaucoup intensifié ces dernières années, qu’il est perçu par les salariés comme dangereux pour leur santé, et que nombre d’entre eux éprouvent un mal-être qu’il convient aujourd’hui de combattre et prévenir. Revue de détail.

Des charges de travail excessives

51 % des répondants de l’enquête l’affirment : leur charge de travail est excessive, au point que plus de la moitié (58 %) déplorent de ne pas avoir le temps de faire leur travail correctement. Un tiers d’entre eux (34 %) ont même « l’impression d’être une machine » dans leur travail ! Cela explique au moins partiellement pourquoi 32 % de sondés disent travailler souvent en dehors de leurs horaires de travail, ou durant leurs jours de repos.

La notion de charge de travail « excessive » restant subjective, il est important de noter les critères utilisés par les chercheurs pour évaluer la « charge de travail » des répondants :
– pouvoir prendre tous ses congés et RTT (71 %),
– avoir une quantité de travail modérée (47 %),
– ne pas se voir fixer des objectifs intenables, ou rarement (78 %),
– avoir le temps de faire correctement son travail (42 %).

Or, ils ne sont que 29 % à remplir ces quatre conditions qui devraient pourtant être réunies pour tous les salariés. Sans surprise, cette intensification du travail se répercute sur la santé des intéressés : à titre d’exemple, 61 % de ceux qui ne cochent aucun critère dorment mal à cause de leur travail, contre 15 % de ceux qui les remplissent tous.

L’impact du travail sur la santé

Le volet consacré à la santé de l’enquête de la CFDT reflète deux phénomènes.

Le premier est bien connu : c’est logiquement parmi les ouvriers, employés peu qualifiés ou les personnes gagnant moins de 1 500 euros que l’on redoute le plus les impacts du travail sur la santé. Ils sont 40% à dire que le travail les délabre.

Globalement, 35% des répondants considèrent que leur travail nuit à leur santé, et 44% qu’ils lui doivent des douleurs physiques. Par ailleurs, 25% des répondants ont déjà été blessés au travail et 31% ont déjà eu une interruption du temps de travail supérieure à 8 jours due à leur travail.

Le second phénomène ressortant de l’enquête est assurément le mal-être généré par le travail : 25% des travailleurs interrogés affirment aller souvent au travail avec une boule au ventre, 34% mal dormir à cause de leur travail et 8 % qu’ils ne pourraient pas tenir au travail sans médicaments. Plus éloquent encore est ce chiffre : 36% déclarent avoir fait un burn-out. Certes, le mot n’est peut-être pas toujours employé à bon escient par les répondants, mais le fait qu’un tiers d’entre eux disent avoir été atteints par cette pathologie témoigne d’un taux de souffrance psychologique élevé dans les entreprises françaises. Outre l’intensification du travail, à quoi ce résultat inquiétant tient-il ?

Le manque d’autonomie, source majeure de mal-être au travail

C’est l’un des grands enseignements de cette enquête : les trois quarts des sondés préféreraient plus d’autonomie à plus d’encadrement. Rien d’étonnant à cela, quand on sait que 40% d’entre eux ont l’impression de passer plus de temps à rendre des comptes qu’à travailler !

Dans le détail, plus de la moitié des répondants (55%) estime que l’organisation du planning de travail est effectuée suffisamment en amont et avoir la possibilité de mettre ses propres idées en pratique. Près des deux tiers (65%) ont l’impression de ne pas être considérés comme des machines. Cependant, seuls 27% d’entre eux cochent ces trois critères, retenus pour mesurer leur niveau d’autonomie. En d’autres termes, plus de deux tiers des sondés ne bénéficieraient pas d’un niveau d’autonomie normal.

Or l’autonomie des salariés dans l’entreprise tient à deux éléments : l’organisation du travail et le management. Et les sondés ne sont pas tendres avec le second. Si 51 % d’entre eux déclarent ne pas pouvoir compter sur l’aide de leur supérieur, une majorité plus large encore (62 %) estime que ne pas avoir de manager ne changerait rien à leur travail, et ils sont aussi 25% à penser qu’ils travailleraient mieux sans lui.

Il est, en outre, intéressant de relever que les managers eux-mêmes déplorent une marge de manœuvre beaucoup trop faible. À titre d’exemple, 68 % des cadres disposent d’un niveau d’autonomie inférieure à la normale (selon les critères déjà évoqués). Une organisation qui génère un mal-être à la fois chez les salariés et chez les cadres ne doit-elle pas s’interroger profondément sur son fonctionnement ? Le fait est que seule une démarche de QVT globale permet de changer de logiciel sur ces points cruciaux que sont l’organisation et le management, dont découlent en fait la plupart des freins à la performance pour l’entreprise : désengagement, absentéisme, risques psychosociaux, burn-out, etc.

L’enquête de la CFDT révèle bien d’autres éléments sur l’état d’esprit des salariés français vis-à-vis de leur travail : perception de la légitimité des promotions, regard – plutôt désenchanté – sur la notion de carrière… On constate en tout cas, si l’on s’en tient aux éléments primordiaux évoqués dans cet article, que la machine se grippe toujours sur des questions liées de près, voire de très près, à la qualité de vie au travail. Les entreprises ayant compris cela disposent déjà de quelques longueurs d’avance : comme le jugeait sur ce blog le Secrétaire national de la CFDT Hervé Garnier, « la QVT offre une belle opportunité de reposer la question du travail en entreprise, puisqu’elle en augmente la performance ».

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