le 4 juillet 2017

Nous avons déjà évoqué, dans un précédent article, les impacts de la transformation digitale sur la QVT. Comme nous l’avons alors vu, le digital peut s’avérer porteur du meilleur (amélioration de l’expérience salarié, développement du collaboratif, télétravail…) comme du pire (accroissement des risques psychosociaux, intensification du travail et perte de sens). Intéressons-nous aujourd’hui à deux domaines que le digital peut faire progresser dans le sens d’une meilleure QVT : la formation professionnelle, et surtout le dialogue social.

Les apports du digital à la formation professionnelle

La formation, on le sait, constitue un élément important de la qualité de vie au travail. Elle permet (au moins en théorie) à tout collaborateur de développer son employabilité, de ne pas se sentir dépassé ou inutile – et donc menacé – au sein de l’entreprise, de s’épanouir professionnellement en gagnant en compétences ou d’évoluer vers un poste plus motivant.

Disons-le tout net, le digital a radicalement changé le visage de la formation professionnelle en moins d’une quinzaine d’années. Et, tout d’abord, en rendant celle-ci accessible à un nombre beaucoup plus large de salariés. Le e-learning a en effet considérablement réduit les coûts de déplacement et d’hébergement inhérents à certaines formations. L’utilisation d’outils de qualité bien ciblés, tels les COOC ou les SPOC, permet aux salariés des aménagements à la carte de leur emploi du temps. On peut ainsi, de plus en plus, se former régulièrement sans mettre en péril son travail ou sa position au sein de l’entreprise.

Et si, au début des années 2000, l’engouement lié à l’effet de nouveauté a favorisé un « tout-digital » parfois isolant pour les apprenants, les dispositifs de formation d’aujourd’hui s’appuient de plus en plus sur le blended learning, une approche mêlant formation présentielle et distancielle pour une motivation accrue des salariés.

Nouvelle tendance forte dans les dispositifs de formation, la réalité virtuelle ouvre aussi de formidables possibilités en termes de sécurité et de prévention. Grâce aux casques de réalité virtuelle, il est possible d’explorer un univers interactif sollicitant à la fois l’ouïe et la vision. Les applications dans le domaine de la prévention sont infinies, tous les scénarios pouvant être élaborés avec un grand réalisme : tests d’évacuation d’un site en cas de catastrophe, procédures d’entraînement à un accident, utilisation d’une machine-outil, manipulation de produits dangereux, maîtrise des risques sur un échafaudage…  Quand le digital fait progresser la sécurité et la santé, la QVT augmente mécaniquement !

Le digital s’invite dans le dialogue social

« Au cœur de la QVT, il y a le dialogue social » : en déclarant ceci dans une interview à découvrir sur ce blog, Olivier Delajoux, ex-DRH de la Marine, ne fait que rappeler l’un des fondamentaux du bon fonctionnement humain de l’entreprise. Or, à l’ère du tout numérique, ce dialogue entre représentants du personnel et employeurs doit s’adapter aux transformations d’un monde du travail digitalisé.

Objet d’une certaine défiance pour des syndicats qui la soupçonnent de détruire plus d’emplois qu’elle n’en crée et de déshumaniser le management, la transformation digitale s’invite donc dans le dialogue social, même si l’heure n’est pas encore à la signature d’accords-cadres ou de conventions collectives sur le sujet. Ainsi, depuis janvier 2017, le Code du travail oblige les entreprises à négocier avec les partenaires sociaux les modalités du droit à la déconnexion des salariés.

Le Digilab Social : expérimenter pour avancer

Cofondé en 2016 à l’initiative de Bénédicte Tilloy, alors DRH de SNCF Réseau, et de Jean-Paul Bouchet, Secrétaire général de la CFDT Cadres, le Digilab Social s’efforce de répondre aux questions posées sur le dialogue social par la digitalisation. Le digital qui révolutionne les modes de travail peut-il faciliter le dialogue social, ou contribue-t-il à le contourner ? Par ailleurs, comment utiliser le digital pour mieux faire comprendre le dialogue social, qui demeure mystérieux, voire obscur, pour une majorité de salariés ?

Se voulant un laboratoire d’innovation, le Digilab Social a réuni pour la première fois à Sciences Po, les 14 et 24 avril 2016, une cinquantaine de managers et de représentants du personnel de SNCF, d’Airbus, de GRDF, de Renault, de Peugeot, de La Poste et de Thales. Syndicalistes, managers et DRH ont travaillé de concert sous la houlette d’un cabinet pour dresser une carte des acteurs et des rôles dans l’entreprise digitalisée. Trois points clés étaient ressortis de cette première expérience :

– maintenir une cohérence pour éviter que les salariés ne perdent le « sens » de leur travail

– questionner le rôle d’alerte des managers, le digital et les réseaux sociaux amenant un dialogue toujours plus direct entre collaborateurs et direction

– définir les règles du jeu de cette nouvelle donne du dialogue direct.

Air France, Engie et le BHV Marais ont rejoint récemment le Digilab Social, dont tous les participants partagent le même objectif : la revitalisation du dialogue social grâce au digital. Une chose est sûre : en permettant de créer des collectifs de travail hors syndicats, en favorisant l’expression directe des salariés, le digital pourrait faire souffler un vent nouveau de « démocratie » et de transparence au sein de l’entreprise, bien dans l’esprit des déjà anciennes lois Auroux. Une libération de la parole sur le fonctionnement de l’organisation qui ne peut que servir la QVT de tous les salariés.

 

Le digital n’a pas fini d’impacter l’entreprise. Son apport à la formation illustre bien ce qu’il peut apporter aux salariés jusque dans le domaine de la prévention et de la sécurité. Mais c’est peut-être en transformant le dialogue social que le digital jouera son rôle le plus décisif pour faire monter la QVT dans les organisations. En rendant la communication entre salariés et direction plus directe et plus rapide, il a déjà commencé à rebattre les cartes et incite toutes les populations de l’entreprise – managers, syndicats, DRH – à faire tomber les barrières, pour inventer collégialement le travail et les relations sociales de demain.

 

 

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