le 14 avril 2015

« Et le travail, ça va ? » demande le chercheur Jean-Pierre Brun dans son dernier ouvrage. Nous lui avons retourné la question. Il nous livre ses conclusions sur la nouvelle donne qui, de Paris au Québec, va faire de la question de la qualité de vie au travail une priorité des entreprises.

Pas trop dur comme boulot ?

Jean-Pierre Brun aime son travail. « Plus que l’aimer, on peut dire que je suis passionné », sourit-il. Et ça se voit. Titulaire d’un doctorat en ergonomie (CNAM, Paris) et d’une maîtrise en sociologie du travail (Université de Montréal), Jean-Pierre Brun multiplie les casquettes professionnelles. Professeur au département de management de la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval (Canada), il est également le fondateur et titulaire de la Chaire en gestion de la santé et de la sécurité du travail de cette même université, et un associé du cabinet de conseil Empreinte Humaine, installé en France et au Canada.

« Mon travail me plaît pour différentes raisons : je suis autonome, j’ai des marges d’initiatives et de créativité. Je ne suis pas seul, mais dans une équipe dans laquelle règnent une certaine cohésion, un sentiment d’échange et de soutien et enfin, j’ai la satisfaction du client que j’accompagne. »

Si Jean-Pierre Brun est personnellement heureux dans son travail, cela ne lui suffit pas. Il travaille sans relâche à ce que tous les employés de France et de Navarre répondent bientôt que OUI, le travail, ça va.

Pour ce chercheur, la qualité de vie au travail résulte de trois facteurs :

– le bien-être (la reconnaissance, le respect, la santé),
– le bien-vivre (le collectif, la solidarité au travail, le climat dans l’équipe),
– le bien-faire (le fait d’avoir un travail avec du sens et un sentiment de réelle utilité).

Jean-Pierre Brun est catégorique, ces trois composantes sont étroitement « imbriquées ». Il déplore les erreurs trop souvent faites par les entreprises, qui morcellent la notion de bien-être au travail et l’abordent de manière trop spécifique. « Il ne suffit pas d’offrir des installations sportives ou une meilleure nutrition aux employés, il faut agir sur leur contexte de travail au sens large, sur leurs relations dans le travail, pas uniquement sur leurs habitudes de vie personnelles » prévient le consultant.

Pendant ce temps, outre-Atlantique…

Pour convaincre les entreprises, Jean-Pierre Brun s’attaque au nerf de la guerre : la performance économique. « Ce que les entreprises doivent comprendre, c’est qu’avant le « R » de résultat, il y a un signe égal. Le résultat est la somme d’une équation, et la qualité de vie au travail en est une composante », explique-t-il.

Cette corrélation positive entre résultat et qualité de vie, les pays nord-américains l’ont repérée depuis longtemps. Au Canada et aux Etats-Unis, de nombreuses recherches en management visent à améliorer le bien-être des employés, dans une perspective de performance. La qualité de vie au travail y est vue comme une opportunité de développement personnel qui favorise le résultat de l’entreprise.

En France au contraire, le bien-être est perçu non pas comme un facteur de performance, mais de manière plus négative, comme une façon de gérer les risques a posteriori. « Ce sont les vagues de suicides chez Renault (en 2007, 2008) ou chez France Télécom (en 2008 et 2009) qui ont contraint le pays à s’intéresser à ce sujet », précise Jean-Pierre Brun.

Yes you can !

Faire de la qualité de vie au travail une priorité… L’idée peine à faire son chemin dans les entreprises, qui craignent d’y consacrer trop de temps et d’argent.

Et pourtant, Jean-Pierre Brun l’affirme : « améliorer la qualité de vie au travail, c’est facile, peu coûteux et efficace immédiatement ». Des mesures simples comme une meilleure définition des charges de travail entre les employés et leur manager, ou des réunions interservices suffiraient à améliorer le bien-être des salariés. « Quand on intervient dans le périmètre de l’équipe, dans les 5 mètres autour de la personne, les effets se font sentir très rapidement », se félicite le professeur.

Optimiste, il salue les récents efforts de l’hexagone. « On nous a souvent dit que le Canada était en avance en termes de recherche sur la qualité de vie au travail, mais la France est en train de rattraper son retard ». Preuve en est, le sujet est actuellement étudié à échelle nationale. Les syndicats de la fonction publique et le gouvernement travaillent ainsi sur un plan d’actions pour la prévention des risques psychosociaux dans la fonction publique.

Et pour vous, le bien-être au travail est-il devenu une priorité ? Quelles résistances rencontrez-vous et sur quels appuis pouvez-vous compter ? Dites-nous comment vous abordez le sujet dans un prochain numéro de The Office. Notre mail : the-office@wittyfit.com

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