le 14 avril 2015

Le travail c’est la santé ? Depuis vingt ans que les écrans ont envahi nos bureaux, nous bougeons de moins en moins. Effectuer une recherche, commander son déjeuner ou poster un courrier, autant de tâches qui nécessitaient auparavant de se lever et qui s’effectuent maintenant en un clic depuis notre fauteuil pivotant. La sédentarité nous guette.

C’est grave, docteur ? Il semblerait que oui. Nous en avons parlé à Frédéric Dutheil, spécialiste reconnu de la sédentarité, directeur du Centre de Pathologies Professionnelles du CHU de Clermont-Ferrand, qui s’intéresse depuis plus de dix ans aux effets de la vie professionnelle sur notre métabolisme. Avec la start-up Wittyfit, il mesure le bien-être en entreprise à travers différents facteurs liés à la santé, au management et au stress. Et il est formel : la sédentarité, ce mal très ignoré, détrônera le tabagisme au rang d’ennemi public numéro un. Il partage pour nos amis DRH et médecins les conclusions des dernières enquêtes sur les effets de la sédentarité en entreprise. Ça donne envie de (se) bouger…

La sédentarité : première cause de mortalité évitable dans l’OCDE devant le tabac

« Depuis l’année dernière, la sédentarité est devenu la première cause de mortalité évitable dans les pays développés. Elle tue plus que le tabagisme ». Voilà une réponse claire à la question « Pourquoi faut-il en parler aux entreprises ? ». Parce que l’inaction physique tue. « La station assise prolongée, qui est le quotidien de nombreux salariés, écourte leur espérance de vie dans des proportions que l’on peut maintenant estimer » indique Frédéric. Entreprises, vous êtes prévenues !

Comment meurt-on de sédentarité ? « La sédentarité est un facteur aggravant d’accidents cardio-vasculaires et de différents types de maladies comme le cancer » explique le chercheur, citant une étude du très sérieux magazine britannique The Lancet, qui évaluait à 5.3 millions le nombre de décès liés à la sédentarité dans les pays développés en 2013.

« Est-ce vraiment aux entreprises de s’en préoccuper ? » nous direz-vous. C’est un point que nous avons soulevé avec Frédéric. Le verdict est sans appel : « Il n’y a qu’au travail que l’on est sédentaire. Même quand on regarde la télévision chez soi, on se lève pour aller aux toilettes, pour répondre au téléphone, pour prendre un verre d’eau… ». Le constat est d’ailleurs partagé par les médecins du travail : la sédentarité tue plus que l’exposition à des substances chimiques.

Un mal qui touche les athlètes comme les non sportifs

Que l’on soit athlète de haut niveau ou allergique à la salle de sport, la sédentarité réduit notre espérance de vie. Revenant à l’étude des Chinois Chi-Pang Wen et Xi Feng Wu publié dans The Lancet, Frédéric Dutheil réduit à néant les derniers espoirs de s’en sortir par une activité physique épisodique : « L’étude montre que plus on reste assis, plus on meurt jeune. C’est valable pour tous les participants, qu’ils pratiquent ou non une activité physique régulière ».

La seule et unique solution, c’est donc d’interrompre régulièrement la station assise. « Aucune étude ne mesure encore la fréquence optimale à laquelle il faut se lever pour éviter les effets néfastes de la sédentarité » précise Frédéric. Le chercheur s’appuie sur sa collaboration avec la plateforme WITTYFIT pour définir progressivement les mesures optimales à proposer aux salariés. « Nous allons pouvoir mesurer l’effet des changements d’habitudes de vie que nous préconisons ».

Les nouveaux aménagements qui obligent à se lever

Dans les espaces de travail, de nouveaux équipements voient le jour pour encourager les uns et les autres à se lever. En Australie, pays à la pointe sur la question de la sédentarité, de plus en plus d’entreprises se dotent de bureaux modulables. « Ce sont des bureaux dont on peut faire varier la hauteur, selon sa position » explique Frédéric. Le chercheur a, lui, trouvé chez Ikea une table haute où il pose son ordinateur portable quand il veut travailler debout. « J’utilise la table haute pour les travaux qui demandent peu de concentration » explique-t-il.

D’autres mesures relativement simples peuvent trouver leur place dans les entreprises. Frédéric en évoquera deux : « éviter d’installer des photocopieurs dans toutes les salles et solliciter les collaborateurs pour des points hors de leurs bureaux ».

Dans la solution digitale qu’il développe avec WITTYFIT, ce spécialiste de la médecine du travail veut intégrer des alarmes humoristiques qui appellent à bouger. Il précise : « Le salarié doit choisir le signal visuel ou auditif qui lui donnera envie de se lever : un rebond de balle de tennis, le souffle de quelqu’un qui court… ».

Le chercheur a été séduit par l’idée d’un outil informatique pour faire avancer les connaissances médicales au bénéfice des salariés : « avec WITTYFIT, nous constituons une base de données internationales pour apporter les recommandations de santé les plus poussées possibles aux salariés ». Il reprend : « Nos analyses sont issues de preuves scientifiques de haut niveau. Nous citons toutes nos sources ».

Pas de doute, Frédéric Dutheil saura nous rappeler qu’en matière de sédentarité, chaque geste compte.

Et vous, combien de temps restez-vous assis sans interruption ? Qu’attendez-vous de votre entreprise pour lutter contre la sédentarité au travail ? On vous écoute : the-office@wittyfit.com

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